Education à la coréenne : les limites d'un système
Le système éducatif est un des fondements du miracle sud-coréen, il montre aujourd’hui ses faiblesses et serait en réalité nuisible à l’avenir de la jeunesse coréenne.
En l’espace d’une cinquantaine d’années, la Corée du Sud s’est faite une place parmi les pays les plus développés de la planète. Cette ascension remarquable s’est avant tout appuyée sur l’efficacité du système éducatif, classé au 4eme rang mondial par l’OCDE en 2009.
La Corée est fière de ses élèves, et ils se doivent de faire la fierté de la Corée : la culture de la réussite a imposé une pression intense sur les bancs des écoles, et une charge de travail exceptionnelle. Combien de temps la jeunesse coréenne tiendra-t-elle ce rythme ? Pour The Economist, le système est trop exigeant pour survivre et risque l’« effondrement »…
Etudiants acharnés, parents endettés
Cours du soir dispensés dans des instituts privés, professeurs particuliers payés une fortune… l’écolier coréen n’a pas le droit à l’échec et connaît très tôt son objectif : l’examen d’entrée à l’université, le sooneung.
En classe ou dans les médias, l’épreuve est présentée comme un graal, et sa quête comme un passage obligé de la réussite. Les familles subissent elles aussi cette pression, et s’endettent pour assurer à leur progéniture les meilleures chances de succès.
Au pays du Matin calme, on n’investit pas dans l’immobilier mais dans ses enfants avec pour seul objectif de leur faire décrocher la meilleure université. Le système éducatif impose de lui-même un schéma de vie : le bonheur, c’est la réussite professionnelle, qui passe par de bonnes études et une scolarité soutenue.
La jeunesse coréenne n’a pas d’autre choix que de suivre le rythme de travail effréné imposé par cette conception. Kim Min-sung, est une étudiante « typique » qui prépare le sooneung. Interrogée par The Economist qui la décrit comme « timide et monosyllabique », elle dévoile son emploi du temps surchargé.
Elle se rend en cours tous les jours et comme n’importe quel autre coréen de son âge, entame une seconde journée de travail à la nuit tombée. Une fois la classe terminée, elle emprunte directement le chemin de la bibliothèque dans laquelle elle étudie jusqu’à minuit. Aucun moment de répit, et une vie consacrée aux études : « On finit par s’y habituer », explique-t-elle.
Dans les rangs des classes, la résignation domine : « on ne peut pas avoir d’emploi sans diplôme » déplore Min-Sung . De la primaire à la fin du lycée, le leitmotiv des jeunes coréens est le même : travailler nuit et jour dans l’espoir d’intégrer les meilleurs universités celles où les grandes entreprises font « leur marché ».
Menace pour la santé physique et psychologique
Une pression sociale extrême, un rythme de travail acharné, des attentes parentales irréalistes, une excellence scolaire à maintenir … tous ces facteurs finissent à long terme par fragiliser la santé physique et psychologique des élèves coréens.
« Les enfants sont épuisés, stressés, aigris » explique Jae Sun-Chung au journal La Croix. L’homme est bien placé pour le savoir puisqu’il est directeur d’Open Book, une académie d’anglais de Séoul. L’apogée du labeur : les dernières années du secondaire, un véritable calvaire pour la jeunesse coréenne.
L’approche de l’examen final, réputé déterminant pour toute une vie, impose de renoncer à ce qui fait dans d’autres pays le quotidien d’un adolescent. Loisirs à la trappe, vie sociale réduite à son minimum, même le temps de sommeil est avalé par la primauté des études. En moyenne les lycéens ne dorment que 5h par nuit en terminale, contre 8 à 9h pour un adolescent français.
Si la grande majorité des coréens endurent ce rythme soutenu, le système n’apporte que peu de considération à ceux qui n’arrivent pas à suivre. La santé psychologique est mise à rude épreuve et créée un mal de vivre que certains supportent mal. 5% des collégiens et des lycéens sud-coréens auraient déjà envisagé de se suicider, un moyen d’échapper à un quotidien devenu insurmontable ou de ne pas risquer l’échec et la marginalisation.
Le constat est d’autant plus alarmant qu’en 2009, 209 élèves sont passés à l’acte. Le taux de suicide en Corée du Sud dépasse largement celui des Etats-Unis, de la Chine et de la Grande Bretagne et traduit sans conteste le malaise existant au sein de la société.
Ceux qui ne veulent pas en arriver à ces extrémités cherchent la porte de sortie. Ils sont de plus en plus nombreux à être prêt à émigrer pour trouver une alternative à la dictature des manuels scolaires … Si Kim Jiun veut partir, c’est parce qu’elle « déteste le système éducatif », confie-t-elle à The Economist.
Résultats flatteurs mais trompeurs
Il est vrai que les chiffres sont flatteurs à l’égard du système coréen : 71% des lycéens parviennent à intégrer l’Université. Le score est impressionnant mais trompeur : 40% d’entre eux ne trouveront pas d’emploi à sa sortie.
Des perspectives inquiétantes qui nourrissent pourtant le système : intégrer les meilleures facs du pays, c’est avoir plus de chance d’échapper au chômage des jeunes diplômés. Les familles, elles, continuent à dépenser leur argent dans le soutien scolaire, mais seront souvent déçues par leur investissement.
Autre conséquence de ce modèle rigide : une démographie en berne. La natalité se porte mal en Corée du Sud, en partie à cause du coût d’un enfant pour une famille. Certains examens sont payants, mais c’est surtout les frais du parascolaire qui atteignent des sommets : une bonne hagwon (une école pour les cours du soir) peut coûter 1000 dollars par mois.
Or, dans une société où 100% des parents souhaitent que leurs enfants puissent aller à l’Université (d’après un sondage réalisé par le CLSA), la population ne peut plus se permettre financièrement d’avoir plusieurs bouches à nourrir. La Corée a pourtant besoin de cette natalité perdue pour fournir la main d’œuvre de demain.
Un système éducatif sur la voie du changement
Pour éviter l’effondrement d’un système éducatif qui montre ses limites, la Corée du Sud a décidé d’inciter ses entreprises à engager du personnel peu diplômé. Certaines d’entre elles ont répondu positivement à cet appel à l’instar des chantiers navals du groupe Daewoo, qui engageront des bacheliers pour ensuite les former.
Ces efforts nécessaires, la plupart des grandes entreprises coréennes seront plus réticentes à les fournir : leurs managers appartiennent à la génération pour laquelle « les diplômes font tout ».
Autre piste de réforme pour le gouvernement : réguler le marché des cours privés. En limitant les horaires dans les hagwon, on limite aussi les dépenses des familles et la surenchère qui favorise les plus riches aux dépends de la santé de leurs enfants.
Pour le journal anglais, le vrai changement ne pourra venir que de la jeunesse coréenne elle-même. Les prémices d’une contestation sont déjà observables : de plus en plus d’étudiants remettent en question les pratiques éducatives de leurs aînés, mais sortir du système reste difficile.
Kang Jeong-im a tenu jusqu’à l’université, pour faire plaisir à ses parents. Devenu chanteuse de rock, elle regrette : « le lycée ça a été le pire », « Je pense qu’il est difficile de vivre comme on le souhaite en Corée du Sud ».
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
-

Envoyez cette page à un ami
Derniers sujets du forum
-
Maria9017/04/2013Bonjour à tous! Je suis arrivée en Corée il y a une semaine avec un Visa Vacances-Travail. Lorsque... -
soo kyung05/04/2013Bonjour à tous j'espère que vous allez tous bien ! Adoptée coréenne, je suis chasseur de tendances... -
exploringkorea05/04/2013J'ai une chaîne Youtube qui traite du tourisme en Corée du Sud. Vous pouvez également trouver des...
Nuage de Tags
Dépêches...
-
24/05/2013
-
23/05/2013
-
22/05/2013
-
22/05/2013
-
17/05/2013
- 1 de 363
- ››
Recent comments
-
Maria902 jours 17 heuresComment comparer le Japon à d'autres pays dans ce cas ? Il y a surement eu des atrocités commises... -
lilyseoul4 jours 21 heuresJ'espère qu'un jour les Japonais, Coréens et Chinois réussiront à mener une politique qui les... -
lilyseoul4 jours 21 heuresAvec un régime aussi fermé, je me demande comment ils arrivent déjà à estimer les premières valeurs. -
lilyseoul1 semaine 2 joursEn étant porte parole de la présidente sud-coréenne, comment a-t-il pu commettre une telle faute?... -
lilyseoul1 semaine 2 joursCes journalistes et photographes ont beaucoup de cran, ils m’impressionneront toujours. Et ses...
Corée sur Twitter
Sur le Forum
-
Yann17/04/2013Il y a depuis quelques mois un changement de système... Les cartes sont faites à l'extérieur, par une société. Ca fait d'ailleurs raler les agents de... -
Yann05/04/2013Intéressant ! En tant qu'adoptée tu as pris ton prénom coréen ? -
Yann21/03/2013Avez-vous trouvé ?


Je ne pense pas que le système va s'écrouler et se libéraliser complètement, mais il va sans doute s'adoucir un peu pour ressembler un peu plus a celui du Japon qui est très semblable mais un cran de pression en dessous... article très intéressant en tout cas, merci!
Ayant bénéficié du système égalitaire de l'éducation de la République de Corée, je porte un ragard un peu différent. C'est aussi grâce à la non-pression de mes parents. Cependant il est certain que beaucoup de pb existent. Mais quand on voit l'échec du système éducatif en France et la bipolarisation accélarée (une minorité issue de Grandes Ecoles et le reste avec un Bac dont le niveau exigé est de plus en plus bas), on arrive à relativiser certains problèmes.
tout a fait....
a 30 000 euros le MBA en France, (celui qui fait que t'es directeur et pas employe-master)
De meme, le systeme francais a un peu la limite inverse du systeme coreen... peu pousser a se surpasser, on cree plus ou moins des generations de gens qui n'ont aucun gout pour l'effort (comme de faire du footing, c'est dur au debut, mais apres on y prend gout et on s'en passe plus).
De la meme maniere que le systeme coreen est trop base sur l'apprentissage par coeur, notre systeme a donne trop de place a la creativite de l'enfant, au point qu'il est possible de continuer des annees sans vraiment savoir lire, sans savoir de dates historiques importantes, finalement sans rien apprendre par coeur a par une vingtaine de poeme.
J'ai souvent reve d'un systeme hybride franco-coreen, de la creativite certe, mais aussi des moments ou il faut se sortir les doigts du fut...
"Le système égalitaire de la République de Corée" ? C'est une blague ?
on donne jamais trop de place à la créativité...
Non, Yann. Ce n'était pas une "Blague".
J'ai pu dire 'égalitaire' car (comme j'ai indiqué dans mon précédent message) j'avais pu bénéficier du système éducatif de la Corée (pourtant j'ai bien précisé qu'il y avait des pb...). Mes parents arrivés à Séoul (comme beaucoup de jeuns de la campagne des années 60 ~70) sans aucune ressource, ont réussi à offrir à ses enfants une éducation et une situation plus que correcte. J'avais eu beaucoup de chances d'avoir quelques (!) prof qui m'ont fait confiance et mes parents sans pression. Sans trop de stress et sans Hakwon, j'ai été admise par une des universités pour lesquelles pas mal de coréens travaillent. Bon, on dirait un scénario d'un médodrame typique d'un pays en voie de développement mais c'est mon vécu. Je suis évidemment consciente du pb de système éducatif coréen (pas mal de mes camarades d'école en ont souffert) et j'en reste très critique. Mais avec mes expériences à l'étranger, j'arrive à relativiser un peu certains points...!
Le système éducatif coréen c'est : aller dans l'école fréquentée par les riches, histoire de devenir riche. Point. Je ne vois pas ce qu'il y a d'égalitaire. Bien sur dans les années 60 et 70 il y avait plus d'ouverture qu'aujourd'hui. Mais maintenant, c'est terminé. Chacun dans son ghetto.
1- C'est bien de dire des trucs qui font joli mais il faut reflechir deux secondes avant, svp. Donc "il y a jamais trop de creativite a l'ecole", soit c'est pas reflechi du tout ,soit c'est dit sans rien savoir de l'enorme echec de la methode dite globale et d'une generation entiere sacrifiee sur l'autel du "oh les bouts de choux, on va leur demander ce qu'ils veulent faire d'amusant a l'ecole". Donc OUI il peut y avoir "trop de creativite" a l'ecole. Maintenant celui qui croit encore que son systeme est genial ira m'expliquer comment les francais finissent bons derniers des concours internationaux (et premiers ? japon , coree). Alors connaissant TRES TRES bien la mauvaise foi CARACTERISTIQUE des expats (j'appelle ca malhonnete intelectuelle, on peut dire juste la "betise) je sais deja vos reponses "oui mais en france on est meilleur face a un exercice nouveau etc"... Oui bein dans la vie ya des fois c'est une situation nouvelle (alors creativite) et puis des fois, ya des situations classiques (alors vive l'apprentissage, par coeur compris). Il faut etre complement azimuté pour pas comprendre l'evidence, l'apprentissage doit se faire a la fois par le par coeur et a la fois par la creativite.
2- Aller dans une ecole de riche frequentees par les riches ? Vous parlez de la France n'est-ce pas ? avec 80% de pekin sur les bancs de la fac a apprendre a glander ou a faire greve, et le reste qui sort de l'ecole avant meme d'avoir le bac... VIVE LA FRANCE... ah les rigolos jvous jure... des vrais gros quetquets.. enfin bon les annees passent et RIEN ne change dans la ptite tete de nos expats a ce que je vois (au fait, cassez vous bordel cassez vous si c'est si terrible que ca la coree, M... !). Alors HEC c'est combien l'annee ??? Essec ? Et une simple ecole de commerce lambda genre ESC Dijon ? Rien que ne puisse se payer une famille lambda, du moins sans faire un emprunt....
Mais quelle bande de rigolo.. vraiment...
Vous pouvez dire les c*** que vous voulez, ya des gens qui savent, et qui sauront toujours. Je vous conseille de bien garder midi a votre porte, il parait qu'on dort mieux comme ca...
tchao les morts
@ stop
1. oui j'avais fait un peu de provoc, là... :D
mais attention, la créativité pour moi n'a rien à voir avec s'amuser, c'est transformer ce qu'on apprend en un outil qu'on utilise de plein de manières différentes (par exemple je connais plein de personnes qui peuvent te faire un exo de grammaire sans problème mais ne sont pas capable de l'utiliser en parlant, dans un autre contexte...
(et bien sûr, apprendre par coeur est important aussi, ça dépend des matières)
au fait, de quels concours internationaux tu parles ?
Par exemple le PISA de l'OCDE :
http://www.pisa.oecd.org/dataoecd/33/5/46624382.pdf
En tout cas c'est recurrent dans toutes sortes d'etudes de ce genre qui sont par ailleurs critiquées (par les pays riches qui y sont mal classés, genre la France) a juste titre sur certains points. Donc notamment la capacite a faire face a un exercice nouveau (qui n'est a priori pas mesurée par le PISA) ressort dans les etudes qui s'en servent avec un classement ou la France se classe dans les premiers, voire premiere.
C'est un joli exemple culturel, ou "grandir" serait de prendre le meilleur de chacun sans rejeter en bloc l'un ou l'autre. Je dis pas que c'est facile, par contre je trouve toujours les critiques pas du tout etayée, sans contre analyse (pourtant facile a faire sur notre propre pays, et pourquoi pas sur d'autres pays, comme les etats-unis, ou les coreens se sont deja pris des emeutes raciales en pleine tronche, on attend toujours la reciproque a itaewon ?)
Mon pseudo resume mon seul vrai propos ici.
@ stop :
j'ai regardé le PISA, le problème c'est que ça note seulement les maths, les sciences et la lecture.. une approche des matières scientifiques + lecture, mais quid de la litté, de la maitrise de la langue, de la compréhension et analyse de l'histoire, des langues étrangères, etc... ?
en fait, moi j'ai beaucoup critiqué l'école française jusqu'au moment où je me suis intéressé à l'éducation des pays où j'ai habité (usa, jap, corée), et là jme suis dit que la france était pas si mal! (sans être parfaite, loin de là^^)
je fréquente (j'ai fréquenté) des forums de journaux internet, et j'ai vu trop de gens cracher sur le système français, c aussi pour ça que j'ai tendance à le défendre...
Oui, j'aime pas non plus quand les gens arrivent avec des gros de sabots, a demonter tout le systeme... a decreter que le systeme est comme ci ou comme ca, "point".
J'ai deja passé a peu pres autant de temps a convaincre des coreens que la france n'est pas un pays nauseabond de mechant raciste qui ne se lavent et qui parlent trop fort qu'a essayer de convaincre des francais que la coreen n'est pas un pays nauseabond de stupide raciste macho qui parlent trop fort.
A propos des francais qui critiquent le systeme francais, c'est toujours amusant d'entendre des "ah mais le probleme en France, c'est qu'on apprend de maniere trop theorique, il faudrait plus de pratique, notamment en langue"... he beh... si ils savaient ce qui se fait ailleur, je pense pas qu'ils se plaindraient a ce sujet-la.
Par contre, zero selection a l'entree en Fac est pour moi plus un probleme (ca nous met du 3000 etudiant en premiere annee, pour 60 qui sortent de master a la fin, c'est du gachis pour les facs et les etudiants).