La Chine ménage son dealer : la Corée du Nord

La Corée du Nord est envahie de méthamphétamines et exporte en masse chez son voisin chinois. Pékin lutte directement contre le trafic mais officiellement n'a rien vu : pas question de déstabiliser son turbulent allié.

Les Chinois l'appelle le « bingdu », elle est connu ailleurs sous le nom de « Crystal meth » ou « Ice ». Cette drogue puissante et addictive serait répandu « à un niveau épidémique » en Corée du Nord, et les producteurs du pays exporteraient en masse vers la Chine voisine, explique Jengde Huang pour le blog Sino-NK.

Pyongyang n'a jamais reconnu le problème sur son territoire, et pourtant, d'après l'analyste, entre un quart et la moitié de la population consommerait du bingdu. Ces méthamphétamines remplacent les médicaments, s'offrent aux anniversaires, et s'échangent entre ados, rapportent les quelques médias ayant accès à des sources nord-coréennes, comme le Daily NK.

Dandong parano

Le marché et la production y sont en tout cas assez développés pour permettre une exportation croissante vers les provinces frontalières chinoises, le Lianoning, Jilin et le Heilongjiang. Alors que la frontière sud de la Corée du Nord et sa Zone Démilitarisée est très imperméable, la Chine entretient quelques échanges avec le « pays le plus fermé du monde », et cette frontière longue de 1400 kilomètres est réputée poreuse.

Difficile de savoir pourquoi le régime du juche reste si immobile face à la situation. Si aucune information n'indique que Pyongyang est impliqué dans la production ou le trafic, il est possible que les autorités trouvent un intérêt à ne pas s'y attaquer. Les observateurs s'interrogent : le bingdu est-il considéré comme un facteur de stabilité ? Des officiels de hauts-niveau sont-ils impliqués dans le trafic ?

Le silence de Pékin soulève encore plus de questions. Des officiels auraient déjà reconnu le trafic de drogue à la frontière Nord-coréenne, en prenant soin de préciser qu'il était largement minoritaire face aux importations en provenance du triangle d'or ou du Japon.

Yeux ouverts, bouche cousue

Pourtant, le bruit court que la Chine prend le problème très au sérieux. Les saisies auraient atteint l'équivalent de 60 millions de dollars, précise un journal coréen, à qui une source chinoise proche du dossier aurait affirmé qu'il ne s'agit que d'une petite fraction du trafic total. Les autorités qui ont observé que la qualité de ces drogues était de niveau industriel et seraient « très remontées contre Pyongyang ».

Alors qu'une explosion du nombre de consommateurs est constatée dans la province du Jilin, des opérations de grande envergure ont eu lieu pour mettre un frein aux échanges. Les campagnes restent toutefois discrètes en comparaison avec les autres grandes opérations de police , qui font généralement les grands titres de la presse officielle.

Officiellement, le nom de la Corée du Nord n'est jamais prononcé par les autorités chinoises. En témoigne cet article de l'agence officielle Xinhua, qui dénonce un trafic “venu de l'étranger” à Dandong, où 10 personnes auraient été arrêtés en juin dernier. La dépêche précise que Dandong est une plateforme d'échange avec Corée du Nord toute proche, mais rien n'indique que la drogue vient de traverser la frontière.

Ainsi, les rapports de l'ONU ne citent pas la Corée du Nord comme un des points chauds du trafic de drogue. La raison est simple : les statistiques sont basés sur les déclaration des Etats, et Pékin n'a pas rapporté de problème à sa frontière.

Diplomatie de l'autruche

Le bastion stalinen salue parfois les efforts de lutte anti-drogue chinois, via son agence officielle KCNA. Doit-on y voir un signe de conscience du régime sur sa responsabilité, ou au contraire un culot de montrer du doigt le problème de l'autre côté de la frontière ?

Quoiqu'il en soit, il est difficile d'expliquer la tolérance chinoise. Pour Jengde Huang, il s'agit d'abord d'une commodité diplomatique. Pékin ne voudrait pas encore plus diaboliser Pyongyang, et préfère traiter le sujet discrètement.

La Corée du Nord est un allié turbulent, et déjà un embarras de poids pour la diplomatie chinoise, les discussions sur le sujet – si elles existent – restent donc officieuses.

Autre hypothèse : le géant rouge veille sur la stabilité et l'économie précaire de son petit voisin, et préfère ne pas intervenir trop violemment sur une industrie potentiellement vitale, théorise le blog Sino-NK.

Beaucoup de questions, mais une seule certitude : Pékin et Pyongyang préfèrent garder leur addiction discrète.

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A Voir : le webdocu d'Hikari “Ici Séoul” sur les réfugiés nord-coréens au Sud

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